Publishers n°6.
Travailler main dans la main avec des journalistes quand on est YouTubeur, c’était loin d’être une évidence il y a cinq ans. Rencontre avec l’un des premiers à avoir sauté le pas en France.
En 2020, en plein Covid, alors qu’il lit (et adore) un papier de la revue Usbek et Rica, un YouTubeur prend son téléphone et appelle le journaliste qui en est l’auteur. Il lui propose de travailler avec lui. Ce YouTubeur, c’est Simon Puech. À la tête d’une chaîne qui vient de passer le million d’abonnés, il fait partie des tout premiers créateurs français à avoir instauré ce type de collaboration avec des pigistes. Il nous raconte pourquoi dans le grand entretien de cette semaine. On y parle aussi — beaucoup — d’AI Slop et de grands reportages. Et perso, j’ai trouvé ça passionnant.
Cette frontière de plus en plus poreuse entre créateurs/influenceurs et journalistes est au cœur d’un live Twitch qui a aussi retenu mon attention. On partira enfin à la découverte d’un maître du debunkage dont les vidéos sont d’utilité publique.
Bienvenue dans Publishers n°6.
Bonne lecture.
L’interview.
Ça veut dire quoi être YouTubeur narratif ?
Chose peu commune, j’ai découvert la chaîne de Simon via ses Shorts. Il y raconte souvent des histoires « WTF » dans le bon sens du terme. Des histoires qui piquent la curiosité et qui vous font coucher moins bête. Essayez, vous verrez.
Mais Simon, c’est aussi une chaîne de vidéos longues avec des reportages aux quatre coins du monde y compris sur des terrains de conflits. Et qui pour la plupart, ont été préparées et écrites main dans la main avec des journalistes professionnels titulaires de la carte de presse.
J’ai eu envie de lui parler de cette juxtaposition des deux mondes dans l’entretien qu’il a accepté de m’accorder.
D’aussi loin que je me souvienne, tu es l’un des premiers YouTubeurs à avoir fait appel à des journalistes pour écrire tes vidéos. Tu peux nous en dire un peu plus sur ce choix ?
Je ne sais pas si j’étais le premier mais autour de moi je connaissais seulement Hugo Décrypte. Et c’était différent car il revendiquait vraiment le fait d’être à la tête d’un média d’info. Moi je me considère davantage comme un créateur qui produit du contenu narratif et des sujets de société.
Le premier que j’ai fait bosser s’appelle Vincent Bresson et c’est arrivé un peu par hasard. J’écrivais un sujet sur les « bébés Tinder », c’est-à-dire le fait que Tinder n’apprécie pas forcément que ses utilisateurs se mettent en couple et aient des enfants, car cela entraîne naturellement une baisse de leur activité sur l’application. Et cette idée de sujet, elle m’est venue à la lecture d’un papier de la revue Usbek & Rica, à laquelle j’étais abonnée. Je commence à écrire ma vidéo et, plus je bosse dessus, plus je me rends compte que 90% des éléments que je vais utiliser pour l’écriture viennent de ce papier. Et ça me gêne, parce que d’habitude je fais au moins l’effort d’avoir cinq, six, sources différentes. Dans le doute, j’envoie un message à l’auteur, qui est donc Vincent Bresson, et je lui explique ma situation. Je lui demande aussi s’il n’a pas des infos en plus qu’il n’a pas mises dans son papier et que je pourrais utiliser dans ma vidéo.
Ensuite, on a sympathisé, et je trouvais que les sujets qu’il faisait rentraient bien dans ma ligne sur YouTube. Et puis je me suis dis qu’il pourrait m’aider quand j’ai des pannes d’inspiration. Je lui ai proposé de travailler pour moi. C’est parti de là et ça a bien fonctionné. Un peu plus tard, Vice France a explosé en plein vol et une des journalistes de là-bas s’est retrouvée sans travail à ce moment-là. Elle en a parlé sur Twitter. C’était Justine Reix, et elle aussi, j’aimais beaucoup les sujets qu’elle écrivait sur Vice. Je la DM et lui propose du travail. Aujourd’hui, ça fait des années que j’ai pris ce virage et je travaille toujours avec ces deux-là.
Depuis que j’en ai parlé en interview, et que d’autres créateurs comme Gaspard G se sont mis à bosser avec des journalistes, il y a une explosion de journalistes qui veulent bosser avec des créateurs de contenu. Maintenant, tous les trois jours, je reçois une candidature.
Comment cela a changé ton processus de création ? Comment as-tu réussi à déléguer l’écriture et comment vérifies-tu cette écriture ?
Il n’y a pas vraiment de règle. En fonction des sujets, Vincent et Justine vont être plus ou moins impliqués. Parfois, ils vont me livrer un script rédigé à 100%, parfois ce sera juste une structure de plan, parfois juste un pitch ou un brief sur un sujet que j’ai vu passer. Pour le moment, je n’ai pas encore passé le cap d’embarquer l’un des deux sur le terrain, mais ça viendra sûrement un jour.
En réalité, je les utilise un peu comme ChatGPT, dans la mesure où ils me font une prise de notes à partir de laquelle j’écris mon sujet. Mais c’est un ChatGPT amélioré parce qu’au moment de l’écriture du script final, si je me pose une question, je peux leur envoyer un message pour leur demander d’aller chercher une info supplémentaire. Concrètement, je les paye pour me livrer un bloc central et quand c’est nécessaire une sorte de « SAV » quand j’ai des questions ou que j’ai envie d’aller plus loin dans une direction.
Pour ce qui est de la vérification, je leur fais confiance : c’est leur métier et c’est même pour ça que je fais appel à eux. Pour le moment, je n’ai jamais eu de commentaire de gens me disant que j’avais dit quelque chose de faux dans mes vidéos, donc à priori ça ne marche pas trop mal.
Dans ce que tu me décris et dans ta manière de travailler, on voit vraiment la différence entre le métier de créateur de contenu narratif et le métier de journaliste. Tu as toujours eu envie de scinder les choses comme ça ?
Oui, et d’ailleurs cette différence, elle se voyait pas mal dans les premiers scripts que Vincent m’écrivait. Il avait un ton très « journalistico-journalistique », quasi protocolaire. Il essayait de faire des vannes, mais ça ne marchait pas trop ou ça ne me parlait pas. Donc je prenais son script et je le réécrivais à ma manière ; je le « racontais » en quelque sorte. Parfois, je lui disais même : « J’ai l’impression de plagier un article et de le réécrire, mais en fait, j’ai payé pour avoir cet article (rires !) ». Et il comprenait ce que je voulais dire. Dans ce sens-là, ça marche.
Mais tu as raison, il y a vraiment une scission qui existe, deux boulots différents. Eux, c’est leur métier de trouver des interlocuteurs à interviewer, des sujets cools et de les approfondir. Et moi, mon travail à partir de ça, c’est de rendre tout ça digeste, intelligible et accrocheur. Par exemple, sur un sujet qu’on a fait sur la scientologie, Vincent a réussi à me trouver le porte-parole français de la scientologie et à le convaincre d’être interviewé dans une vidéo où je tapais fort sur la scientologie. Je ne sais pas comment il a négocié, mais c’est son travail, il sait faire ça.
Les interviews, c’est toujours toi qui les fais ?
Oui. Mais quelques fois, c’est Justine et Vincent qui m’envoient une liste de questions à l’avance, des questions que selon eux, je dois absolument poser. Parfois, ils sont là au moment de l’interview pour rebondir en cas de besoin, mais c’est toujours moi qui mène les entretiens.
Parlons du terrain. Tu es allé en Ukraine, en Afghanistan, au Japon, en Syrie. Tu pars tout le temps tout seul. Est-ce que tu comptes changer d’approche dans les prochains mois ?
Je ne suis pas vraiment seul mais je pars sans journaliste oui. Quand je vais sur des terrains, notamment hostiles, je fais appel à des fixeurs. Si j’ai des questions, je vois ça avec eux directement. Mais c’est aussi moi qui, sur place, vais interviewer des gens. Pour préparer tout ça, je bouffe une quantité phénoménale d’articles ou de documentaires sur le sujet. L’engagement d’aller moi-même sur le terrain m’oblige à faire ce travail de recherche que je demande à Justine et Vincent en temps normal.
Pour le moment, je n’ai pas encore ressenti le besoin d’emmener avec moi des journalistes sur place. Ce sont aussi des vidéos qui coûtent cher à produire et je n’ai pas forcément le budget pour une personne supplémentaire. Sur la vidéo que je sors à Noël, et que j’ai tournée au Pérou, Justine m’a redirigé vers un fixeur qu’elle connaissait, mais ça s’est arrêté là.
Beaucoup de gens ont déjà dû te dire que tu étais toi aussi journaliste. Toi, tu te sens comment ? Reporter et créateur ? Reporter ou créateur ?
Je vais voler une réponse que j’avais bien aimée sur le sujet d’un ami YouTubeur qui s’appelle Sylqin. Il dit : « Je ne me prétendrai jamais journaliste, mais si des journalistes veulent dire que je fais du journalisme, ça me va ». Dans la mesure où je n’ai pas fait d’études dans ce domaine, je ne me sens pas particulièrement légitime, je n’ai pas la déontologie ni la rigueur des journalistes de profession. Et c’est une appellation que, personnellement, j’ai tendance à sacraliser.
Tu peux me raconter ta rencontre avec Charles Villa et m’expliquer en quoi elle a été déterminante ?
Charles et moi, on s’est rencontrés à l’anniversaire d’un ami en commun. Il connaissait mon travail et on a sympathisé. Il était journaliste pour Brut à l’époque et cherchait à amener des créateurs de contenu sur des terrains de guerre. Il m’a proposé de partir avec lui pour couvrir une crise de malnutrition infantile aiguë au Tchad. J’ai dit oui. J’en ai fait une vidéo sur ma chaîne et lui en a tiré un grand reportage pour Brut. Ça m’avait mis le pied à l’étrier.
Et puis le temps passe, et le sujet ukrainien commence à me passionner. J’en parle à Charles et je lui demande s’il a prévu de s’y rendre. Il me dit qu’il n’a pas le temps, alors je décide d’y aller seul. Je prends ma caméra, je trouve un fixeur et je pars. Et c’est comme ça que j’ai fait mon premier sujet vraiment seul à l’international. J’ai adoré, ça a débloqué un truc en moi et j’ai eu envie d’en faire d’autres.
Tu penses que tu aurais réussi à franchir le pas sans l’aide de Charles ?
Je pense que oui, mais pas sur des terrains où je peux croiser des AK-47 à chaque coin de rue ou dans des pays victimes de crises humanitaires d’ampleur. Il a contribué à déconstruire chez moi l’idée que si tu mets le pied en Syrie, tu meurs instantanément. Évidemment, c’est dangereux, attention, je ne dis pas le contraire, mais ce sont des risques que l’on peut maîtriser.
J’ai cru comprendre que tu voulais faire encore plus de terrain à l’avenir, même en France, tu peux m’expliquer pourquoi ?
C’est très simple et très pragmatique, et ça a un lien avec l’intelligence artificielle. Quand j’ai commencé à faire du format narration sur YouTube, on n’était pas très nombreux. Maintenant, il n’y a que ça, avec un niveau plus ou moins bon. Et ça va encore s’empirer à mesure que l’IA va s’améliorer et va permettre à des gens qui ne savent pas écrire - ou qui ont la flemme d’aller chercher par eux-mêmes des infos - de sortir un script pour une vidéo YouTube.
La barrière à l’entrée pour faire de la narration sur YouTube va s’écrouler. Demain, ce sera très facile d’automatiser quasiment tout. Je pense qu’on va assister à une overdose de narration sur YouTube, donc pour contrer ça, j’ai envie de monter en gamme. Et pour ça, pas le choix : il faut sortir de son studio et aller sur le terrain.
Si tout le monde arrive à faire ce que je faisais avant en trois clics sur ChatGPT et Veo 3, c’est à moi de me remettre en question et d’évoluer. Je pense que les viewers vont valoriser cette approche. Et on le voit déjà avec des profils de journalistes sur YouTube comme Ok Charlotte qui ne font que du terrain et dont les audiences décollent.
Il y a aussi le fait que je kiffe ça. Faire des vidéos dans mon bureau, juste à me filmer, ça ne m’intéresse pas. On a déjà des métiers très solitaires, moi je travaille avec moins de dix personnes au sens large (Vincent, Justine, mon agent, mon monteur, mon miniaturiste, et quelques personnes en free). Si en plus je ne sors pas, c’est pas possible.
Ta prospective là-dessus, elle est comment ? T’es inquiet de cette overdose que tu décris ?
Je ne vais pas te mentir, j’utilise l’IA dans mon travail. Mais je ne m’en sers pas pour écrire mes scripts. Je paie des journalistes pour ça. L’IA, c’est un ustensile, notamment dans mes montages. Quand j’ai besoin de prolonger un plan sur Adobe Premiere et que je n’ai pas filmé ce plan, je vais le générer artificiellement. Quand j’ai oublié de poser une question en interview, je la ré-enregistre en post-prod, et pour reproduire la réverbération de la salle dans laquelle j’ai fait l’interview, j’utilise un outil spécifique. Pareil avec mon miniaturiste avec qui je bosse depuis longtemps, qui utilise de l’IA pour ajouter des petits détails dans ses créations. Donc on s’en sert de manière raisonnée.
Le monde idéal que je veux construire avec l’IA, c’est celui-là. C’est-à-dire celui où des créateurs se servent de l’IA pour accélérer leur processus de travail et baisser les coûts. Typiquement, aujourd’hui la 3D coûte une fortune à produire, mais si demain une IA te permet de scanner un objet et d’en sortir un modèle 3D très vite, les artistes 3D vont pouvoir en faire plus et donc baisser leur coût de production. Bref, il existe peut-être un monde où le combo IA + personnes qui savent s’en servir comme outil permet de faire des vidéos de meilleure qualité, en dépensant moins d’argent ou en tout cas en l’investissant ailleurs, dans des reportages par exemple.
Et puis il y a la phase plus sombre, c’est celle de la facilité, du laxisme, et c’est faire de la génération à gogo juste parce que c’est possible, aussi dégueulasse soit-elle, en se passant complètement de l’humain et de la vision créative pour juste « ch*** » du contenu.
Je suis incapable de dire quel virage va être pris, mais je sais que moi, personnellement, je n’irai jamais dans cette direction. À terme, il n’y a qu’un seul groupe de personnes qui choisira : ce sont les abonnés.
Si on revient sur les journalistes qui deviennent YouTubeurs comme Justine Reix, Benoit Le Corre, Ok Charlotte, c’est quoi ton regard là-dessus ? Tu les vois comme des compagnons de route, ou des concurrents ?
L’offre est aujourd’hui encore assez légère pour qu’on ne se marche pas trop dessus, à mon sens. Typiquement, je sais que les sujets que va aller faire Benoit ne correspondent pas du tout à ma ligne éditoriale. Même chose avec Ok Charlotte quand elle s’incruste à Roissy-Charles-de-Gaulle, par exemple. Au-delà de ça, on a aussi des manières de raconter qui sont totalement différentes.
La personne, en termes de contenu, qui se rapproche le plus de ce que je fais, c’est peut-être Gaspard G. On est copains, ça se passe bien, on échange souvent. Ça m’arrive parfois d’avoir une idée de sujet et d’envoyer un message à d’autres créateurs proches de moi pour être sûr que personne n’est dessus. C’est ce qu’il s’est passé avec une de mes dernières vidéos sur l’histoire folle d’un hacker finlandais. Pour elle, j’ai prévenu Micode et Sylvqin trois semaines avant le début de ma production, parce que je sais que c’est le genre d’histoire qu’ils peuvent traiter.
Après, la question se pose aussi par rapport à d’autres médias plus institutionnels comme Le Parisien, Les Echos, Le Monde… Pour moi, on fait vraiment des boulots très différents. Je trouve les formats OSINT du Monde géniaux, par exemple, mais ce n’est pas ce que je vais faire.
Il y a aussi le modèle économique qui est différent…
Oui, après, les médias que je t’ai cités sont possédés par des milliardaires. Et côté YouTube, on a la sponso. Je ne sais pas s’il y a un modèle qui est mieux que l’autre. Tout ce que je sais, c’est que de mon côté, sur le fond, jamais une marque m’a reproché ce que je racontais dans une vidéo où elles avaient placé une sponso. Que ce soit sur ce que j’ai produit en Syrie, en Pologne sur la crise migratoire,… Les marques n’en ont rien à faire.
Et je pense qu’aujourd’hui, les viewers sont assez éduqués pour comprendre que les marques n’interfèrent pas dans notre contenu. Et quand bien même ça arriverait avec une marque, moi je lui explique que c’est pas comme ça que je fonctionne et il y en a dix autres qui sont prêtes à financer mes vidéos. Et je sais que c’est pareil avec d’autres créateurs.
Dans 5 ans, tu aimerais que YouTube ressemble à quoi ?
J’aimerais qu’il y ait encore plus de diversité dans les contenus. Je pense qu’il y aura plus de grosses productions en termes de budget, plus de journalistes indépendants avec un modèle économique stable, plus de médias qui comprendront les codes de la plateforme. Et l’idée, ce serait qu’il y ait tout ça sur ma homepage au moment où je lance YouTube sur ma télé.
Et idéalement, le moins possible noyé dans de l’IA pourrie.
Dans mes onglets.
📌 L’info : Je suis tombé sur ce live (qui date de décembre 2024) partagé en story Insta par un collègue, Vincent Manilève (dont je vous invite à suivre le travail). Le pitch : un streamer, Rivenzi, se pose pendant trente minutes et parle de la différence entre influenceur et journaliste. Il se pose une question : faut-il oui ou non opposer les deux postures ? Et que représentent-elles à l’heure où plus en plus de journalistes décident d’emprunter le chemin vers l’indépendance en adoptant les codes des créateurs de contenu.
Dans son live, Rivenzi revient sur la (micro)polémique qu’avait provoquée l’année dernière l’arrivée de Gaspard G dans le 5-7 de France Inter pour une chronique internationale. Cette nomination, qui n’a finalement pas duré, avait hérissé certains qui reprochaient au créateur de prendre la place de journalistes pigistes, qui pour beaucoup, patientent des années avant d’accéder à l’antenne notamment à cause d’un processus de sélection ultra usant qui s’appelle « le planning ».
➡️ Ce que j’en retiens : Là où le propos de Rivenzi est intéressant, c’est qu’en tant que streamer ayant commenté les JO de Paris 2024 pour le compte Twitch de France TV, il connaît ces deux mondes. Et il refuse de les opposer.
Il explique dans son live avoir toujours eu envie d’être journaliste, mais avoue n’avoir jamais osé. Les concours coûtaient trop chers et les écoles étaient situées trop loin de sa Bretagne natale. Son école à lui, ça a été Internet. « Le journalisme est un métier ouvert avec des grandes portes pour y accéder et des plus petites comme Internet » explique-t-il. Rivenzi rappelle également que le métier de créateur est précaire. Lui aussi a galéré, enchaîné les lives, multiplié les projets avant d’enfin pouvoir réunir une communauté sensible à son contenu. Et ça ne suffit pas car comme il le dit : « le nombre d’abonnés est parfois inversement proportionnel à la qualité du contenu d’un créateur ».
Bref, pour Rivenzi, il y a de la place pour tous les profils. Aucun ne vole le travail d’un autre sauf opérations commerciales à peine voilées que les viewers remarquent à la première seconde. Il rejoint ainsi le témoignage de Léna Situations qui, il y a quelques jours sur France Inter, en pleine promo de son dernier bouquin, parlait de son syndrome de l’imposteur avec des mots très justes : « Je n’ai rien à faire sur une table de librairie à côté d’un prix Goncourt, jusqu’au moment où l’on comprend que l’idée n’est pas de prendre la place du prix Goncourt, mais simplement d’élargir la table. »
✍️ Source : Les influenceurs ne méritent pas d’être journalistes ?
📌 L’info : C’est l’histoire d’un journaliste devenu créateur avant même que cela soit un métier. Aujourd’hui, il interviewe les plus grands patrons de la planète entre Davos et New York, et son livre sur la crise de 1929 fait la Une de toutes les émissions économiques américaines. Ah oui, il vient aussi de se lancer sur Substack. Lui, c’est Andrew Ross Sorkin, le journaliste économique star (oui, aux États-Unis, c’est possible) du New York Times, journal où il a fait toute sa carrière.
Mais ce qui est intéressant dans sa carrière justement, c’est son aspect entrepreneuriale. Très tôt, en 2001 (!!), et c’est important de le souligner, Andrew a lancé une newsletter. Bon, à l’époque, DealBook (le nom qui claque de la newsletter en question), avait plutôt la forme d’un bulletin financier quotidien. Mais ça, c’était avant…
Aujourd’hui, DealBook est une institution. Elle a été l’inspiration d’un certain Philippe Corbé au moment où il a lancé son infolettre sur les États-Unis, Zeitgeist (que je vous recommande chaudement), et elle a donné naissance à l’une des conférences les plus réputées du monde techno-capitalistique américain : The DealBook Summit. Dans ses fauteuils se bousculent Elon Musk, Jeff Bezos ou Alex Karp (le boss de Palantir), et ils y enchaînent les punchlines.
Ah oui, Andrew, c’est aussi le visage de Squawk Box, l’émission business de CNBC où l’on reçoit les milliardaires en bras de chemise.
➡️ Ce que j’en retiens : Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que le parcours d’Andrew a de quoi inspirer n’importe quel journaliste ayant des envies d’indépendance en ligne. Car il prouve qu’au fond, avec du réseau et une bonne idée au bon moment comme celle de lancer une newsletter avant même la naissance des réseaux sociaux, tout est possible.
Aujourd’hui, c’est Andrew, et pas un historien, que les médias historiques comme l’émission « 60 Minutes » reçoivent pour décrypter la crise de 1929. C’est Andrew qui déniche des anecdotes fascinantes vieilles d’un siècle sur Winston Churchill et sa banqueroute évitée de justesse le jour du krach de 29. C’est Andrew, enfin, qui, en pleine promo, voit la couverture de son bouquin être projetée sur le building du Nasdaq en plein Times Square. Bref, la mode a Anna Wintour, la finance a Andrew Ross Sorkin.
En bonus : ses conseils pour une bonne interview sont dispo ici (et si vous êtes fan de tennis, ça va vous parler).
✍️ Source : Le compte Insta d’Andrew Ross Sorkin
📌 L’info : Vous connaissez Jeremy Carrasco ? Si non, je vous envie car vous n’êtes pas encore tombés dans son vortex de vidéos aussi hypnotisantes (et importantes) les unes que les autres. Ce créateur s’est donné une mission démocratique : aider le commun des mortels à debunker des vidéos de manipulation fabriquées grâce à des outils d’intelligence artificielle. Cela va de comptes qui publient de fausses vidéo du braquage du Louvre juste pour faire du clic, à ces pro-Trump faisant de la mise en scène de migrants incarcérés dans des centres de détention.
Le problème, c’est que Jeremy, aussi expert soit-il, vient d’avouer son incapacité face aux derniers logiciels de Google, notamment celui spécialisé dans la génération d’images appelé « Nano Banana Pro », trop bons pour être débunkés. Son édito en ligne, qui fait plus de 5 millions de vues en 24 heures, fait froid dans le dos.
➡️ Ce que j’en retiens : Si je vous parle de Jeremy malgré tout aujourd’hui, c’est parce qu’il représente un espoir. Celui d’un compte au contenu sérieux, journalistique, loin de toutes ces vidéos d’IA « slop » qui pullulent dans nos feeds… Un compte dont la croissance éclair (Jeremy ne s’est lancé qu’en juin sur TikTok et Insta et est suivi par plus de 400 000 personnes cross-platform) a de quoi motiver d’autres créateurs dans cette mission de décryptage.
« Les entreprises spécialisées dans les technologies d’IA se contentent de déployer des mises à jour et attendent de nous que nous nous débrouillions, ce que je trouve irresponsable. C’est pour cela que je suis là. J’essaie de comprendre comment ça fonctionne », explique Jeremy dans les colonnes de The Publish Press, la newsletter toujours bien informée sur la creator economy du duo Colin and Samir. On a juste un message à faire passer à Jeremy : continue d’essayer de comprendre, on sera toujours là pour regarder.
✍️ Source : Jeremy Carrasco / showtoolsai
📌 Et aussi (mais plus de place…) : la chronique vidéo mindblowing du fondateur de Patreon dans le New York Times ; Vox s’associe (justement) avec Patreon pour lancer des shows sur abonnement ; qui est Matt Belloni, le journaliste le plus influent d’Hollywood ; pourquoi le Financial Times se lance sur Substack ; le reste dans deux semaines 👋














