Publishers n°9.
Comment passe-t-on d'accompagnateur de YouTubeur à créateur indépendant... avec Florent Derue.
Il y a parfois des discussions au cours desquelles on apprend beaucoup sur le format d’un invité (ses méthodes de production, les coulisses de sa création)… Et puis il y en a d’autres où l’on ressort avec une autre idée en tête. Une idée plus claire, mieux définie sur la révolution des contenus que l’on est en train de traverser.
C’est ce que j’ai ressenti en échangeant avec mon invité du jour, qui est aussi un ami, Florent Derue. Passé par « Popcorn » en tant que rédacteur en chef/producteur éditorial, il s’est aujourd’hui lancé devant la caméra. Ses débuts ont été tonitruants, en audience mais aussi - je le pense pour lui - en compréhension de ce qui se joue aujourd’hui à l’heure où tout le monde produit de l’information et où les faits se confondent avec les opinions. J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire son interview que j’en ai eu à la réaliser.
Dans les onglets que je vous ai mis de côté, on fera un tour à « Médias en Seine », la conférence annuelle sur les médias de demain et on tentera de comprendre ce que veut dire ce mot moche de « creatorification » (oui, il existe…).
Bienvenue dans Publishers n° 9.
Bonne lecture !
L’interview.
Ça veut dire quoi être accompagnateur de créateur ?
Cela fait des années que le travail de Florent me tape dans l’œil. Je l’ai d’abord suivi de loin, entre threads Twitter inspirés et émissions « Popcorn » devenues virales. Et puis, de fil en aiguille, nos chemins se sont croisés. Et ça a été, j’ose le dire, un coup de foudre professionnel. Florent est peut-être le seul créateur aussi geek que moi sur les nouveaux formats dans les médias, notamment américains. Nos dîners ressemblent à des passes d’armes. C’est à celui qui aura découvert la dernière chaîne YouTube, le dernier mag, la dernière newsletter à avoir fait un truc qui sortait du lot.
Et puis, à l’automne dernier, Florent est passé de l’autre côté de la barrière : il est devenu lui-même créateur d’info. Toutes les semaines, sur son compte Instagram qui dépasse déjà les 35 000 abonnés, il raconte les histoires de lieux hors du commun avec la science du storytelling dont il a le secret. J’ai voulu en discuter avec lui. J’ai voulu savoir comment on passe de l’ombre à la lumière, et ce que ça fait de produire du contenu pour soi et non plus pour les autres. Nous avons partagé un dîner de plus, début décembre, avec cette fois-ci, un microphone au milieu de nos assiettes.
Bonne lecture
Raconte-moi ton parcours : tu as plutôt commencé dans la communication. C’était quoi ta première expérience avec du contenu ?
Depuis que je suis tout petit, je veux être journaliste. Je dirais que c’est arrivé quand j’avais 10 ans, lors d’un meeting aérien. J’adorais commenter ce qu’il se passait. Et ma mère m’a dit : « Bah voilà, c’est ça que tu veux faire, tu veux être journaliste, tu veux expliquer ce qu’il se passe ».
Plus tard, ma première expérience de contenu, c’était en 2012, à la fois sur Twitter et sur un blog personnel qui s’appelait « NewsYoung ». L’idée : fédérer des jeunes voulant aller en école de journalisme pour s’exercer à écrire des articles, notamment autour de la culture. On a tout monté avec un copain grâce à des tutos YouTube. Il y a eu jusqu’à une cinquantaine de contributeurs.
Ensuite, j’ai toujours été entre com’ et journalisme. Je considérais la com’ comme un filet de sécurité au cas où le journalisme ne marcherait pas. À l’époque, je savais seulement que je voulais raconter des histoires, et que j’allais le faire de toute manière, que ce soit pour une entreprise ou pour un média.
Pourquoi n’as-tu pas suivi le parcours classique d’une école de journalisme avec des stages dans des rédactions locales puis nationales ?
J’ai toujours eu du mal à prendre des décisions. À l’époque, j’avais peur de m’enfermer dans une école de journalisme et de ne plus pouvoir faire autre chose à terme si le métier ne me plaisait plus. Je suis donc resté dans des cursus généralistes, quitte à ce que ça me desserve par rapport à d’autres profils type « journalistes professionnels ».
Faisons un bond dans le temps. Comment tu débarques dans l’écosystème de la création de contenu ? Ton premier contact avec le monde des créateurs, c’est avec « Popcorn » ? Comment ça arrive ?
Il se trouve qu’au moment où je termine mon master en communication, j’ai un CDI qui m’attend en tant que responsable de communication numérique dans ma ville natale, à Arras. Et alors que je suis à deux-trois semaines de prendre mon poste, je vois que l’émission « Popcorn », que je regardais déjà sur Twitch, embauche. Le poste consistait à venir étoffer l’équipe éditoriale. Là, ça fait « ding » dans ma tête. J’ai fermé le stream et je me suis dit : « Est-ce que j’enverrais pas un CV juste au cas où, histoire de ne pas regretter ? ». J’en parle même à mes parents pour ne pas les faire trop flipper.
Le soir même, le bras droit de Domingo (animateur de « Popcorn ») me contacte et me dit que mon profil les intéresse. Tout va très vite et, quelques zooms/essais d’écriture plus tard, j’ai le job.
On était le 19 août 2020. Je préviens le responsable de l’équipe d’Arras qui m’avait embauché pour lui dire que je refuse son CDI. Je déménage à Paris un peu dans la précipitation et c’était parti.
Tu es resté cinq saisons chez « Popcorn ». Tu arrives à faire le tri et à retenir le principal enseignement que tu tires de cette expérience un peu folle ?
La ténacité. C’est bateau mais un jour, j’ai réussi à avoir Thomas Pesquet, qui ne nous connaissait pas du tout, dans l’émission. Et là, je me suis dit que j’avais débloqué un truc quand même. Thomas, c’est l’invité que tout le monde veut : télé-presse-radio confondues. Et là, il dit oui à une émission sur Twitch parce que j’ai réussi à le convaincre. Une fois que tu as Thomas Pesquet dans ton émission, ça te fait la meilleure carte de visite pour avoir d’autres personnalités. C’est comme un aimant. J’ai dû très rapidement apprendre que les seules limites, c’est celles que l’on se met. Des mails sans réponse, j’ai dû en avoir des centaines, mais je n’ai jamais laissé tomber.
Chez « Popcorn » à l’origine, j’étais seulement rédacteur de contenu. Mais très vite, j’ai pris de la hauteur et j’ai accumulé de nouvelles missions. La principale d’entre elles, c’était de faire connaître l’émission au plus grand nombre. Il fallait que je la sorte de son « carcan twitchesque », que je la rende légitime face à un talk-show comme « Quotidien », par exemple. Ça passait notamment par des invités de marque.
Ce qui a marché aussi, je pense, c’est le format qu’on promettait : une interview de 35 minutes sans pub, c’est quelque chose qui n’existe nulle part ailleurs. D’autres créateurs nous ont ensuite emboîté le pas, je pense à Hugo Décrypte avec son émission « Mash-Up » qui s’est finalement arrêtée ou « Underscore » de Micode. Je pense qu’on a aussi lancé un mouvement.
Aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de frontière entre un stream, un podcast ou un talk-show sur Internet. Tu t’attaches à une personnalité, à un ton et pas à un format. Et « Popcorn » a été un des premiers endroits à fonctionner comme cela, à mon goût.
Revenons en 2026. Tu pourrais me décrire à quoi ressemble ton activité ?
J’aime bien me définir comme un accompagnateur de créateurs de contenu. Concrètement, j’écris des scripts pour des youtubeurs ; j’ai aussi des missions de conseils pour des programmes qui veulent se lancer sur Internet ou des médias qui cherchent un nouveau ton. J’ai très vite appris à être un couteau suisse, j’ai un cerveau qui a besoin de faire des choses différentes.
Le côté auteur, c’est vraiment la casquette qui me plaisait le plus chez « Popcorn ». J’écrivais notamment « les actus de P-A », sorte de revue de presse. Puis, j’ai rencontré des invités de l’émission qui cherchaient des profils comme les miens pour leur création de contenu. Et tout s’est fait naturellement, je n’ai jamais démarché personne.
Tu es passé tout récemment d’accompagnateur à créateur. Tu réalises des vidéos sur des lieux hors du commun. Mais combien de temps as-tu attendu avant de poster ta première vidéo ?
Trop longtemps (rires). Avoir les mains dans le cambouis, un projet que tu gères de A à Z, c’est quelque chose qui me manquait. Sur le fond, raconter l’histoire de lieux extraordinaires, c’est un contenu que j’aurais adoré consommer et que je ne trouvais pas. Les choses qui s’en rapprochent le plus, ce sont des vidéos d’agents immobiliers qui font visiter des appartements grandiloquents en plein New York. Et ce n’est pas ce que je veux faire.
Ça m’arrive tellement de fois de me balader avec des potes dans la rue et d’avoir des anecdotes à leur raconter sur des immeubles archi random dans la rue. Il fallait que j’en fasse quelque chose. Pour te répondre plus précisément, je pense qu’il m’a fallu deux ans au total pour concrétiser cette idée et la transformer en contenu.
Comment as-tu choisi ta niche ?
Au début, je voulais parler de technologie. J’avais d’ailleurs déjà tourné des vidéos sur ce thème que je n’ai jamais diffusées. Mais c’est déjà tellement traité que je ne voulais pas rajouter une feuille dans le millefeuille. D’autant plus que je voulais parler de minimalisme technologique et c’est un sujet qui est tellement personnel que ça aurait fait trop édito à mon goût.
Sur l’architecture, qui est une de mes autres passions, j’avais l’impression d’avoir la possibilité de créer un contenu plus pédagogique. Et la matière est infinie. Des bâtiments hors du commun, il y en a dans le monde entier. C’est un thème qui me permet aussi de tourner en extérieur, c’est quelque chose que je souhaitais. L’essence même du projet, c’est de faire transpirer une histoire d’un lieu et rien de mieux que d’être devant pour la raconter.
Tu te souviens d’un déclic en particulier ?
Oui, je me rappelle d’une balade dans une rue du Vieux-Lille pendant laquelle j’étais tombé sur un immeuble complètement fou avec un graffiti d’une momie dessiné au niveau du dernier étage. Je me souviens être allé sur Google Maps, et là, il y avait écrit « maison de la momie ». Je suis parti dans un rabbit hole.
Je suis resté 45 minutes devant la maison avec mon téléphone à faire des recherches et j’ai mis le doigt sur une histoire incroyable. J’en ai fait un thread sur Twitter. Le lendemain, je retourne sur mon profil, le post avait fait 500 000 vues, 12 000 likes. J’ai gardé ça dans un coin de ma tête et je me suis dit qu’un jour, ça ferait un bon sujet à explorer en vidéo
Comment tu produis tes vidéos ? Comment tu repères des lieux ? Avec quoi tu tournes ?
J’ai un énorme document avec plein d’idées. Ça peut partir d’un article, d’une vidéo Instagram… J’écris ensuite des scripts pour des vidéos qui vont arriver à court terme, quand je sais que je pars en voyage dans une ville, à New York par exemple. Et d’autres, à plus long terme, sur des bâtiments parisiens ou lyonnais que je pourrais faire quand je veux.
Je n’en suis pas au stade où je me dis que je vais faire le déplacement pour une vidéo, mais ça viendra peut-être.
Mon autre problème, c’est la météo : pour que la vidéo soit agréable à regarder, et à tourner (rires), j’estime qu’il faut qu’il fasse beau. Ça rétrécit mes fenêtres de tir, surtout en hiver.
Pour ce qui est du matériel, je fais tout tout seul. J’ai mon téléphone avec mon script dans la poche et j’ai une Osmo Pocket 3 de chez DJI posée sur un trépied. C’est une caméra hyper compacte qui a un avantage : sa capacité de suivi automatique. Vu que je bouge pas mal devant les bâtiments dont je raconte l’histoire, c’est hyper pratique et ça rajoute une touche, je trouve, par rapport à l’iPhone.
Qu’est-ce qui t’a le plus surpris, à part les gros scores qui sont arrivés tout de suite ? Ta première vidéo a fait plus de 650 000 vues rien que sur Instagram.
Je me suis beaucoup posé la question de faire du vertical ou de l’horizontal. À l’origine, je voulais me lancer sur YouTube pour ne pas être trop dépendant des algorithmes et de la viralité des plateformes comme Instagram et TikTok.
Je voulais aussi vraiment me tester sur un sujet que j’adore, sans penser à la gloire ou à l’audience, même si on a toujours envie que son travail soit vu. Et puis un jour, j’ai fait un constat simple : c’est beaucoup plus dur de partir de zéro sur YouTube que sur Instagram ou TikTok. Et c’est là que j’ai définitivement décidé de faire du vertical.
La preuve : en cinq semaines (ndlr : l’interview a eu lieu début décembre), j’ai gagné 10 000 abonnés sur Instagram (ndlr : Florent en compte aujourd’hui près de 40 000). Je porte un regard complètement effaré sur ces chiffres. Même dans mes projections les plus folles, ce sont des chiffres que je ne pensais pas atteindre. Je suis d’un naturel très mesuré, voire parfois pessimiste. Je pense que le fait que les créateurs pour lesquels je travaille ont liké et repartagé la vidéo en story a pas mal joué. L’algorithme doit aimer le fait que je sois suivi par de gros comptes comme Hugo Décrypte, Domingo, Léo Duff… Le fait est que ça me rajoute une (bonne) pression supplémentaire.
On parle beaucoup de santé mentale chez les créateurs, et c’est quelque chose que je peux mesurer un peu plus aujourd’hui en voyant toutes les données que les plateformes m’envoient, avec beaucoup de rouge ou de vert à l’écran.

Est-ce qu’aujourd’hui tu te considères comme journaliste ?
Je vais te répondre en prenant « Popcorn » en exemple et en évoquant le fait qu’on n’ait pas réussi à classer ce programme comme un podcast, un stream ou une émission de télé… Je me vois un peu pareil : je n’arrive pas à me mettre dans une case. Je préfère me définir comme un acteur de l’ère de la création de contenu, une évolution de ce qu’on appelait, de manière péjorative, les influenceurs.
Est-ce que tu penses qu’il y aura un jour trop de journalistes ou de personnes qui font de l’info en indépendant sur les plateformes ?
C’est marrant que tu me poses la question aujourd’hui, parce que ça fait plusieurs jours que j’hésite à m’abonner à des Substack payants de journalistes qui se lancent en solo et dont j’admire le travail.
Quand tu es un lecteur habituel d’un média, il y a des têtes, des plumes, que tu vas lire plus que d’autres. Ça m’arrive, par exemple, avec le New York Times, où je vais aller lire le dernier papier de Mike Isaac dans la rubrique « Technology ». Et si demain Mike lance un Substack payant, je suis quasiment certain de m’y abonner.
Je n’arrive pas à être manichéen sur cette question, parce que d’un côté, je trouve que ça crée un nouveau modèle économique et une nouvelle liberté de ton, où tu n’es pas dépendant d’un journal traditionnel et de ce que cela implique en termes d’organisation et de poids logistique. C’est l’évolution logique des choses : les frontières se brouillent entre les créateurs de contenu et les journalistes. Ça me paraît tout à fait normal de voir un journaliste ouvrir son Patreon ou son Substack payant aujourd’hui, par exemple. D’un autre côté, ça brouille aussi la frontière entre des profils très orientés opinion, comme Joe Rogan aux États-Unis, et des journalistes qui respectent la déontologie du métier.
Si, demain, le modèle économique de l’info se déplace pour se concentrer directement vers des journalistes dotés de grosses communautés, et non plus vers des médias, je pense que ce sera extrêmement difficile de distinguer ce qu’est le journalisme factuel d’investigation et ce qui relève de l’opinion. Et une fois qu’on aura basculé dans un monde comme celui-là, je pense qu’il sera très difficile de faire le chemin inverse.
Dans cinq ans, tu aimerais que YouTube ressemble à quoi ?
Je ne te l’ai pas dit avant, mais une partie de la raison pour laquelle je me suis lancé dans la création de contenu maintenant, c’est parce que je suis terrorisé par la déferlante de contenus générés par l’IA qui nous arrive en plein visage.
Avant de publier ma première vidéo, je me suis demandé : « Quelle est la meilleure façon de contrer ça ? ». J’aurais très bien pu avoir une chaîne faceless, avec des images de stock ou générées pour illustrer ce que je raconte, mais j’ai eu envie de remettre de l’humain. Ça paraît fou de dire ça, mais c’est le monde du contenu dans lequel on vit aujourd’hui.
Tout ça pour te dire que mon YouTube cauchemardesque, dans cinq ans, serait un YouTube rempli d’AI Slop. Je te donne un exemple concret : j’ai des Ray-Ban Meta, et sur l’appli par laquelle tu dois passer pour voir les photos et vidéos que tu prends avec, tu dois d’abord passer par un fil de contenu 100 % IA — une sorte de Sora version Meta. Et c’est juste horrible, ça n’a aucun sens : tu vois un astronaute boire un café dans un coffee-shop… so what ?
Si c’est pour avoir ça partout dans quelques années, non merci. Si certaines dimensions de l’information passent par ce prisme-là, on basculera dans une autre dimension. On a trop de qualités, en tant qu’humains, à perdre en automatisant tout… et, in fine, à ne même plus savoir digérer une information. Aujourd’hui, tout va plus vite : les faits, les flux… Et pour garder le rythme, nous aussi on va vite, en passant à côté de beaucoup de choses, on regarde nos vidéos en x2 ou x3. Et ça me terrorise.
À l’inverse, un YouTube qui redeviendrait un peu plus humain, authentique, un peu plus OG, « Casey Neistat-like »… je signe tout de suite.
Dans mes onglets.
📌 L’info : J’ai repéré ce papier dans la revue professionnelle Digiday, qui a tout de suite attiré mon attention. Il est question de la transformation du modèle du journaliste en créateur, et de la nécessité pour les rédactions d’accompagner ce mouvement en mettant en place, en interne, leur propre équipe de créateurs. L’article cite les exemples récents de CNN, Yahoo, The Washington Post, Future et Bustle Digital Group, qui ont déjà mis sur pied de tels collectifs.
J’en ajouterais un, de mon côté, avec le média économique digital américain The Morning Brew, qui a carrément mis en place des contrats spécifiques associant certains journalistes à des programmes en leur donnant des rôles de co-producteurs. C’est par exemple le cas de Dan Toomey, le génial présentateur de la chaîne YouTube « Good Work » (by The Morning Brew), dont j’ai déjà parlé sur Publishers, et que je vous conseille chaudement.
Pour Digiday, les rédactions n’ont plus vraiment le choix et doivent répondre d’urgence à un constat clair : les gens s’informent désormais sur Internet via des personnes, et non plus via des « mastheads » — littéralement des « têtes de mât ». « Les médias traditionnels sont menacés par les créateurs indépendants. S’adapter n’est pas seulement une question de pertinence, c’est une question de survie », explique un témoin interrogé par Digiday.
➡️ Ce que j’en retiens : L’urgence réelle est surtout économique. Aujourd’hui, les dépenses se font du côté des créateurs et moins des médias : l’accès à une audience directe, le côté artisanal et authentique, c’est ce que recherchent les publicitaires.
« La question n’est plus de savoir si nous devons dépenser auprès des créateurs, mais plutôt comment pouvons-nous nous associer de manière stratégique avec eux pour dynamiser la distribution, l’engagement et la confiance à grande échelle », abonde une responsable d’agence dans l’article.
L’autre problème est bien plus complexe : réussir à former des équipes de talents et à les garder. On ne compte plus les journalistes ayant quitté Vox pour monter leur propre chaîne YouTube — comme Becca Farsace, que j’ai interviewée dans la dernière édition de Publishers.
✍️ Source : Digiday
📌 L’info : On le sait depuis le début de sa campagne éclair pour accéder au siège de maire de New York : Zohran Mamdani a compris comment communiquer en 2026. Pour illustrer cela, je voulais évoquer une conférence de presse un peu spéciale qu’il a organisée et dont le New York Times a fait le récit : une conférence de presse pour les créateurs.
Ce n’est pas le premier à prendre ce genre d’initiative. Karoline Leavitt, la responsable presse de l’équipe Trump, l’a devancé ; l’équipe de Joe Biden aussi, quand ce dernier était encore président. Les sénateurs démocrates ont, eux aussi, prévu de recevoir les créateurs au Capitole le 11 février prochain lors d’un point presse dédié.
Revenons à Mamdani, car les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon la mairie de New York, les 78 personnalités invitées début janvier à la conférence ont la capacité d’atteindre 82 millions de personnes en reach (en bon français). Ça en fait, des électeurs potentiels.
➡️ Ce que j’en retiens : c’est que Mamdani semble entretenir une relation aussi honnête avec les créateurs qu’avec la presse traditionnelle. Il ne favorise aucun des deux et les traite avec le même respect - contrairement à l’équipe Trump. C’est, à mon sens, la principale qualité qui lui a permis d’être aussi viral pendant sa campagne : le fait de ne prendre personne de haut — que ce soit une créatrice fitness aux 50 000 abonnés ou une autrice Substack de pop culture.
« Nous devons communiquer avec les New-Yorkais à travers tous les médias qu’ils utilisent pour se voir eux-mêmes et voir le monde qui les entoure, et vous tous jouez un rôle essentiel dans cette démarche », précise-t-il.
Chose inhabituelle : la conférence s’est terminée… par un selfie. Changement d’époque.
✍️ Source : The New York Times
📌 L’info : Je termine cette newsletter avec une petite fierté. Lors de la dernière édition de « Médias en Seine », ma cheffe aux Echos Clémence Lemaistre est intervenue lors d’une table ronde menée par Samuel Etienne sur le métier de journaliste. En face, il y avait deux têtes connues sur YouTube : Charlotte Vautier et Gaspard G. Le fait qu’un vieux journal, plus de 100 ans d’âge, se retrouve en live sur Twitch à la même table que deux journalistes-créateurs est un bon signal. Celui d’une complémentarité entre vieux et anciens médias qui apprennent l’un de l’autre par le dialogue.
➡️ Ce que j’en retiens : Un passage du talk en particulier a retenu mon attention. Celui pendant lequel Charlotte Vautier dit continuer de travailler avec des médias traditionnels en plus de son activité de Youtubeuse, notamment pour le cadre et la protection que cela lui apporte au moment de diffuser une information. « Je trouve que c’est important d’avoir un pied dans ces deux univers qui sont de plus en plus poreux. Pour mes vidéos je fais tout toute seule, sauf le montage, donc je n’ai pas la sécurité du média qui va te dire si j’ai utilisé le bon mot ou pas, je n’ai pas les débats que l’on peut avoir en rédaction. Le fait d’avoir à faire tous les choix seule n’est pas évident » détaille-t-elle.
C’est un sujet qui revient assez souvent. Après avoir découvert la liberté de forme et de fond que permet une activité sur une plateforme comme YouTube, certains créateurs ont la maturité d’apporter un premier regard critique sur leur activité.
Le journalisme est avant tout un sport d’équipe. Aux Echos, nous sommes 250 au total et 8 dans l’équipe vidéo dont trois chefs qui relisent et valident les vidéos avant qu’elles ne soient publiées sur YouTube, sans parler du service juridique qui nous aide quand nous avons des doutes. Tout cela est précieux. À terme selon moi, l’idéal serait que des créateurs journalistes puissent se regrouper dans des collectifs (c’est déjà en train d’arriver) pour s’aider sur ces questions-là et ne pas avoir à subir la charge de publier du contenu d’information en solo.
✍️ Source : Medias en Seine
📌 Et aussi (mais plus de place…) : Cette vulgarisatrice finance vient de vendre son contenu à un média grand public dans une transaction à 7 chiffres ; 20 millions de vidéos sont postées chaque jour (!!) sur YouTube ; quand la Fed doit communiquer dans l’urgence, elle se crée une newsletter sur Substack ; les GOAT Colin and Samir racontés par Rolling Stones ; vis ma vie trépidante de journaliste média à New York (par Max Tanni - Semafor) ; oui, il existe un rapport de 26 pages sur le « creator-journalism » (et non, je n’ai pas encore eu le temps de le lire en entier…) ; la suite dans deux semaines…
Harold.















Merci pour ce condensé d'infos et de pistes de réflexions. C'est super intéressant pour les journalistes pour se tenir informer sur toutes ces évolutions !
Je n’ai jamais suivi Popcorn intentionnellement, pourtant les émissions revenaient souvent dans mon feed. C’est d’autant plus intéressant de découvrir les dessous du format.
Merci pour la découverte de Good Work !